Photo volées sur Internet : comment réagir ?

Vous avez repéré une de vos photos sur un site Internet (e-commerce, blog…), sans que personne ne vous ait jamais demandé quelque autorisation que ce soit ? Certes, c’est plutôt flatteur de voir que ses images soient jugées si intéressantes pour être réutilisées ainsi, mais cela reste un vol de photos manifeste, et un acte de contre-façon au sens juridique du terme.

 Personnellement, je réagis de façon systématique en demandant le paiement de droits d’auteur.

 Au préalable :

  • faire des captures d’écran concernant la page web utilisant votre image, histoire de garder une trace de la contrefaçon. On peut également faire procéder à un constat d’huissier, si vous jugez le cas suffisamment important (voir le point suivant). Toutes les infos utiles ici.
  • jauger « l’adversaire » : s’agit-il du blog d’un adolescent ? D’un site d’une association ? D’un site marchand, et dans ce cas : petite boutique web, PME ou grosse entreprise multinationale ? Y a-t-il une grosse affluence sur ce site ?
  • Récupérer toutes les infos utiles disponibles sur le site en question : nom du responsable (éventuellement à l’aide de site type whois), numéros de téléphone (un contact téléphonique a parfois plus de poids qu’un mail), adresses mail, numéro SIRET permettant de retrouver le nom du gérant s’il ne figure pas sur le site, etc…

Dans le cas d’une grosse entreprise, je vous conseille de faire appel à un avocat spécialisé dans ce type d’affaires. En effet, une lettre recommandée à l’en-tête d’un cabinet d’avocat aura certainement plus d’impact que si un particulier envoie un simple mail. Les frais engagés seront normalement largement couverts par le montant que vous percevrez, si vous arrivez à faire valoir vos droits. Passer par un professionnel ne signifie pas forcément aller jusqu’au procès : cela peut se régler à l’amiable. J’avais choisi cette option. Bien m’en a pris : grâce à cela, l’affaire a tout de même mis 4 mois à se régler en ma faveur (sans aller en justice), et je serai certainement resté le bec dans l’eau en y allant seul !

Pour les autres cas, je procède ainsi :

 1/ Première prise de contact, histoire de vérifier que l’adresse mail récupérée est bien valide. Je ne parle pas d’emblée du problème des photos : je reste assez vague en disant vouloir des renseignements et donc à être mis en contact avec le responsable du site.

 2/ Une fois le contact établi, j’explique très calmement que je suis l’auteur de cette photo visible sur mon site web ou ma galerie Flickr en donnant le lien, que cette photo est sous copyright comme indiqué sur la même page, et que cette photo se retrouve sur leur site, sur telle ou telle page, et cela, sans aucun accord de ma part. Je ne leur demande pas d’enlever la photo, mais je leur indique vouloir régler le problème « à l’amiable par le paiement des droits d’auteur. Dans le cas contraire, le dossier sera transmis à mon avocate, avec majoration automatique de 100% du montant. »

J’ai eu droit à tout un panel de réactions et d’excuses :

  • le silencieux : qui a répondu au premier mail de prise de contact, et qui fait maintenant le mort (mais en général, la photo est supprimée du site dans les heures qui suivent)
  • le flatteur : qui me dit que je devrais être fier de cette très belle photo, puisqu’il l’a prise pour figurer sur son site. Ben voyons, et c’est peut-être la fierté qui me permet de nourrir ma famille ? (ok, ce n’est pas la photographie non plus puisque je ne suis pas pro, mais il n’est pas sensé le savoir 😉 ). Là aussi, en général, plus de nouvelles et la photo est effacée rapidement.
  • Le négociateur : « Ah bon, c’est votre photo ? Bon ok, on s’excuse. On pourrait peut-être s’arranger avec un message d’excuses sur notre site, et mettre votre nom sous les photos en question, non ? » Mouais, de la pub pour moi sur un site ukrainien concernant l’île grecque de Paros… Heu, non merci, sans façon. Mais il y un coup à jouer dans ce cas : votre interlocuteur reconnaît le problème et une certaine forme de préjudice à votre égard. En baissant votre prix, et en restant toujours courtois dans vos mails, ça peut finir par payer (ça a été le cas pour ce blog ukrainien).
  • Le bon : toujours très surpris d’être contacté au sujet d’une photo « volée ». Il va se renseigner en interne, mais assure que je serai dédommagé si je suis bien l’auteur de la photo en question et que celle-ci a été utilisée sans mon accord. D’où l’intérêt de rester poli et de ne pas crier au voleur dans votre premier mail : il y a des gens honnêtes qui répareront leurs torts bien volontiers. Cela peut-même déboucher sur une demande de licence pour d’autres photos du même thème de votre portfolio (vécu)
  • Le truand : alors là, toutes les excuses sont bonnes pour ne pas vous payer ce que vous réclamez : la photo n’est pas sous copyright (ah bon, c’est pourtant bien  marqué sur la page où vous l’avez prise), c’est une erreur d’un stagiaire (elle revient souvent celle-là), une photo similaire se vend quelques centimes d’euros sur Fotolia (ben fallait la prendre sur Fotolia alors… Est-ce que je vais négocier chez Mercedes en leur disant que c’est moins cher chez Dacia ??), la photo a été utilisée pour illustrer un voyage dans un catalogue, voyage qui ne s’est pas bien vendu du tout (oui, et alors ? Vous avez aussi demandé à l’imprimeur du catalogue de vous rembourser peut-être ?) Bref, tout y passe !

Si votre interlocuteur refuse un arrangement à l’amiable, il vous reste le choix de faire appel à un avocat, ou de contacter l’hébergeur du site qui devrait normalement supprimer l’image en question sans trop de problème (mention spéciale à wordpress.com qui a réagit dans l’heure suivant mon mail).

Concernant le montant à demander, je vous conseille de vous inspirer du barème officiel de l’UPC. Il vous suffit ensuite d’établir une note d’auteur (voir ici pour les détails)

Bilan : sur la petite douzaine d’images qui m’ont été « empruntées », j’ai pu, dans une très large majorité des cas, me faire payer les droits d’auteur. Dans les autres cas, les photos ont été effacées des sites. Seule une poignée de sites de voyages coréens et thailandais qui utilisent tous la même image de la Petite France issue de mon portfolio ne donnèrent pas suite à mon premier mail de prise de contact (mais comme ils ne parlent pas anglais ni moi coréen…)

Cela vaut donc la peine de ne pas se laisser faire et de demander réparation.

J’espère que ces quelques conseils pourront vous servir.

A lire également : http://photographika.fr/2012/04/28/photos-volees-sur-internet-comment-les-retrouver/

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